Pourquoi les catholiques américains deviennent-ils protestants ?

Grâce au Centre de recherche Pew des États-Unis, on sait que les catholiques de ce pays quittent leur Église en grand nombre. L'Église catholique, en effet, la plus importante des confessions américaines, a perdu le tiers de ses membres. La moitié d'entre eux ont quitté toute pratique religieuse. Quant aux autres, ils ont, pour quelques-uns, embrassé une autre religion, mais la plupart ont opté pour le protestantisme, soit traditionnel soit, surtout, évangélique.

L'abandon de la religion est un phénomène général dans les pays de tradition chrétienne. Mais qu'en est-il de l'abandon du catholicisme par les fidèles qui passent à une autre confession? Aux États-Unis, révèle la recherche de Pew, quelque 10 % d'entre eux ont choisi une foi non chrétienne, mais les autres sont allés chez les protestants, notamment les évangéliques. En plus d'une crise de la religion en général, il y aurait donc une crise particulière au catholicisme.

Un ex-rédacteur en chef de la revue America, Thomas Reese, un jésuite au franc-parler, s'est penché sur la question. «Toute autre institution ayant perdu le tiers de ses membres voudrait savoir pourquoi, a-t-il lancé en avril dernier dans le National Catholic Reporter. Mais à leurs réunions nationales, les évêques des États-Unis n'ont jamais consacré de temps à cet exode. Ni dépensé un cent pour chercher à en découvrir la raison.»

On pense souvent que ces catholiques sont mécontents de l'Église à cause de sa morale sexuelle, de son refus du divorce, ou du sort qu'elle fait à la femme. Ces raisons expliquent peut-être le départ de ceux-là qui ont quitté toute pratique ou même «perdu la foi». (Reese entend y consacrer une étude, que les évêques liront sans doute attentivement, l'Église de Rome se proposant, en vieux pays de chrétienté, de «ré-évangéliser» les fidèles qu'elle a perdus.) Mais les catholiques qui ont changé d'Église l'ont fait surtout pour d'autres motifs.

Ceux qui sont devenus protestants, en effet, sont rarement partis parce qu'on leur «changeait la messe» ou qu'ils s'ennuyaient du latin. Au jugement de la plupart, l'Église catholique ne répondait pas à leurs «besoins spirituels». Parfois mariés à un conjoint protestant, plusieurs ont découvert dans cette confession un service religieux et un culte beaucoup plus satisfaisants. Bref, ils s'ennuyaient à la messe catholique, et même si l'Église change un jour ses règles morales, elle ne répondrait pas à leurs aspirations.

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En France aussi...
Je suis devenu très croyant. J'étais à la recherche d'une voie. Catholique non pratiquant par tradition, je suis devenu protestant. La foi, c'est simple : il suffit de croire. Je Lui parle. Je ne demande jamais la victoire, mais de m'aider à donner le meilleur de moi même...

David Douillet
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Pourtant, aux États-Unis, maints catholiques ne quittent pas leur Église, même s'ils sont en profond désaccord avec certains enseignements de la hiérarchie ou, à l'heure actuelle, avec la domination du pape sur les évêques ou celle du clergé sur les fidèles. Toutefois, note Reese, la plupart des catholiques qui ont changé pour le protestantisme avaient déjà une foi «très forte», contrairement à ceux qui sont restés catholiques. «Nous perdons les meilleurs, s'exclame le jésuite, non les pires.»

Reese n'aborde pas dans cette étude les raisons qui poussent nombre de protestants de toute tendance à quitter leur confession ou à abandonner la religion. Car, faut-il ajouter, les autres grandes Églises chrétiennes du monde occidental y ont vu leurs effectifs chuter dramatiquement avec la sécularisation. Par contre, les Églises nouvelles, comme celle des Adventistes du 7e jour, connaissent une progression importante, aux États-Unis comme ailleurs.

Quant aux catholiques qui sont passés aux confessions protestantes évangéliques, un certain nombre n'étaient pas heureux des enseignements de l'Église sur l'avortement, l'homosexualité, le divorce ou le statut de la femme, mais la plupart étaient avant tout en quête d'une assistance spirituelle. Souvent, ils avaient perdu la foi catholique. Et ils trouvaient dans les services des évangéliques et surtout dans leur lecture de la Bible de quoi répondre à leurs besoins.

Enfin, sans que ce phénomène soit général, les catholiques américains qui sont passés à des communautés traditionnelles étaient — un peu plus souvent que ceux qui sont allés chez les évangéliques — insatisfaits du clergé catholique; ils étaient en quête d'une Église moins dominée par le pouvoir clérical.

Le jésuite Reese estime que les données du sondage Pew sont éclairantes. On y trouve, en tout cas, outre les motifs de changements d'appartenance, des indications sur les aspirations religieuses des Américains, les catholiques certainement, mais probablement d'autres fidèles aussi. Plusieurs leçons, estime-t-il, peuvent en être tirées. Les trois qu'il retient dans cette étude ne sont pas tout à fait nouvelles.

D'abord, l'Église hiérarchique devrait, à son avis, moins se préoccuper de subtilités théologiques, et davantage des aspects liturgiques «qui touchent le coeur et les sentiments» des fidèles.

Ensuite, l'Église catholique devrait offrir un programme intensif d'éducation à la Bible. Depuis Pie XII, explique Reese, les chercheurs catholiques ont produit les meilleures connaissances de ces Écritures, mais peu de catholiques lisent la Bible.

Enfin, les catholiques qui deviennent protestants le font avant l'âge de 24 ans. L'Église devrait donc avoir une «option préférentielle» pour les adolescents et les jeunes adultes. Les programmes d'éducation religieuse actuels n'ont, semble-t-il, que peu d'effet sur l'appartenance à l'Église catholique.

Ces recommandations pourront peut-être enrayer «l'hémorragie» de l'Église catholique aux États-Unis. Leur application aurait cependant peu d'attrait pour les catholiques américains devenus protestants et sans doute moins encore pour ceux qui rejettent l'Église.

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