Extraits de la Lettre de Galilée à l'Archiduchesse Christine

« Je crois que l’intention des Saintes Ecritures était de persuader les hommes des vérités nécessaires au salut, que ni la science ni aucun autre moyen ne pouvait rendre crédibles, mais seulement la voix du Saint-Esprit. Mais, je ne pense pas nécessaire de croire que le même Dieu qui nous donna nos sens, notre parole, notre intellect, en eût écarté l’usage pour nous enseigner au lieu de cela des choses telles qu’avec leur aide nous puissions découvrir [le sens] par nous-mêmes, en particulier dans le cas de ces sciences dont il ne se trouve pas la moindre mention dans les Ecritures ; et, par-dessus tout, en astronomie, dont il est fait si peu état qu’aucun nom de planète n’est mentionné. Assurément, si l’intention des scribes sacrés eut été d’enseigner l’astronomie aux gens, ils n’eussent pas éludé le sujet si complètement.
L’Ecriture Sainte ne peut se tromper et les ordonnances contenues en son sein sont absolument vraies et inviolables… Bien que l’Ecriture ne puisse se tromper, ses présentateurs et interprètes sont susceptibles de se tromper de bien des manières … quand ils se baseraient toujours sur le sens littéral des mots. Car de cette façon, non seulement bien des contradictions deviendraient apparentes, mais de graves hérésies et blasphèmes même, puisqu’ alors il serait nécessaire de donner à Dieu des mains et des pieds et des yeux.
Ces propositions prononcées par le Saint Esprit furent couchées par écrit de cette manière par les scribes sacrés afin de les adapter aux capacités des gens communs, qui sont mal élevés et ignorants … Chaque fois que la Bible a l’occasion de parler de conclusions physiques (particulièrement celles qui sont absconses et dures à comprendre), la règle a été observée d’éviter la confusion dans les esprits des gens communs.
Interdire toute la science [de Copernic] ne serait que censurer une centaine de passages de l’Ecriture Sainte qui nous enseigne que la gloire et la grandeur de Dieu le Tout-Puissant sont merveilleusement discernées dans toutes Ses œuvres et divinement lues dans le livre ouvert des Cieux. »