Le Prisonnier, de Patrick McGoohan, chrétien convaincu

La série la plus aboutie de tous les temps a vu le jour sur les écrans anglais en 1967 [...]. Elle est le bébé d’un auteur visionnaire, qui a su se projeter mieux que quiconque dans ce que serait le futur des sociétés humaines du XXI° siècle.

De nos jours, livrer une œuvre de qualité honorable suffit à susciter les acclamations de milliers de thuriféraires, qui crient immédiatement au culte. De plus en plus nombreuses sont les fictions passagères auxquelles l’on prédit trop vite un grand avenir dans la mémoire collective. Quelques-unes dont on pense aimablement qu’elles resteront un siècle au panthéon des créations de l’esprit. Puis, à côté des spéculations, il y a les faits.

La série la plus aboutie de tous les temps n’est pas américaine, ne date pas de la dernière décennie et ne parle même pas de sexe. Elle ne contient ni aliens gris, ni police scientifique, ni femmes désespérées, ni flashbacks inutiles. [...] En réalité, ce serait la sous-estimer que d’affirmer qu’elle demeure aussi pertinente en 2007 qu’à ses débuts : elle l’est bien davantage aujourd’hui. Forcément, elle est le bébé d’un auteur visionnaire, qui a su se projeter mieux que quiconque dans ce que serait le futur des sociétés humaines du XXI° siècle. De fait, elle avait bien cinquante hivers d’avance sur son époque : elle fut à la télévision ce que « Le Meilleur Des Mondes » d’Aldous Huxley fut à la littérature, à savoir l’anticipation la plus forte et évocatrice de son média.

« Le Prisonnier », puisque c’est son nom, est bien plus que la simple série sociologique et critique à laquelle on la réduit régulièrement. [...]

Acteur, créateur, producteur, co-scénariste - parfois sous pseudonymes - mais aussi réalisateur sporadique du « Prisonnier », Patrick McGoohan est l’architecte en chef derrière le colossal édifice. Sa vision limpide de l’œuvre l’amène à fignoler le moindre détail, et à s’impliquer dans tous les mécanismes de production comme aucun « showrunner » ne le fera par la suite. A défaut de savoir exactement comment procéder, McGoohan sait déjà quelles réflexions la série doit véhiculer : difficile de croire que sous le masque de ce chrétien convaincu aux allures de top-model se dissimule en vérité une plume acerbe et perfectionniste, déterminée à assassiner la bureaucratie par métaphores interposées. Un homme qui sera suffisamment intransigeant avec lui-même pour refuser d’incarner James Bond.

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