On ne peut pas dire n'importe quoi

Dans Les dangers du créationnisme fondamentaliste, nous mettons en garde contre les arguments mal à propos dans la critique de l'évolutionnisme.

Un autre grand danger guette le chrétien : vouloir donner des preuves de l'existence de Dieu.

On cite souvent l'argument ontologique d'Anselme de Cantorbéry :

  1. Même l’insensé - qui nie l’existence de Dieu - accepterait de définir Dieu comme celui dont on ne peut pas penser - ou concevoir - de plus grand que lui
  2. L’être tel que rien ne peut être pensé de plus grand que lui existe dans la réalité et pas seulement dans l’intelligence, sinon il serait moins que l’être tel que rien ne peut être pensé de plus grand que lui
  3. Donc Dieu, l’être tel que rien ne peut être pensé de plus grand que lui, existe dans la réalité

On pourrait répondre : les éléphants invisibles existent - la preuve : on ne les voit pas!

Mais évitons cette solution de facilité - ironique - et prenons un raisonnement similaire à celui de Cantorbéry :

  1. Imaginons un univers dont on ne peut pas penser - ou concevoir - de plus grand que lui
  2. Cet univers tel que rien ne peut être pensé de plus grand que lui existe dans la réalité et pas seulement dans l’intelligence, sinon il serait moins que l’univers tel que rien ne peut être pensé de plus grand que lui
  3. Donc l'univers tel que rien ne peut être pensé de plus grand que lui, existe dans la réalité - mais Dieu est plus petit que lui selon le point 1... sauf si, pour prouver sa toute-puissance, Il en crée un... (mais là on entre dans un autre débat...)
Avec Cantorbéry, nous sommes en plein dans une vue de l'esprit, qui n'apporte pas la joie de se trouver en présence de Dieu - car la foi, c'est cela : la présence de Dieu. Tant qu'on ne l'a pas expérimentée, on croit qu'on croit, mais on n'a pas la foi. Les vues de l'esprit ne sont qu'inutile vide intersidéral.

C.S. Lewis avait une admiration sans bornes pour les mythes, en particulier ceux de dieux nés de vierges, ceux qui faisaient des miracles, ceux qui ressuscitaient. Un jour, Tolkien lui fait la remarque suivante : tu admires ces mythes, mais quand on te parle de Jésus, qui lui a existé - c'est historique - tu refuses qu'il soit né d'une vierge, qu'il ait fait des miracles, qu'il soit ressuscité. Tant que tu as affaire à des mythes, c'est OK pour toi - mais lorsque tu es face à la réalité, tu fermes ton coeur. Cette nuit-là, Lewis se convertit, entre dans la présence de Dieu. Ce n'est pas une affaire de vue de l'esprit - comme l'étaient ces dieux - mais une présence, celle de Dieu. Voyez-vous la différence ?



On pourrait citer Descartes, qui avance aussi un argument ontologique :

  1. Il s’agit de trouver une forme claire et distincte que je n’aurais pas pu construire moi-même
    Cette forme, c’est l’infinie perfection, c’est Dieu
    Je n’ai jamais vu Dieu et je n’ai pas pu créer en moi l’idée d’infinie perfection
  2. L’idée d’infini est claire et distincte, et pourtant me dépasse
  3. Seul un être effectivement infini (cause) peut produire cette idée en moi qui suis un être fini
    Il faut donc qu’elle ait une réalité objective

Ici aussi, nous avons affaire à une vue de l'esprit humain, car nous pourrions très bien attribuer l'infinie perfection à une déesse, à une entité cosmique impersonnelle, ou à nouveau à l'univers lui-même. Ce n'est pas au Dieu d'amour que nous avons affaire ici, mais à un déisme.



Thomas d'Aquin s'y est mis lui aussi, et il nous a pondu 5 raisonnements tentant de prouver l'existence de Dieu (*). N'oublions cependant pas que vers la fin de sa vie, il n'écrivait plus, ne parlait plus. Il avait vu. Il avait compris qu'il s'était conduit comme un insensé, et il l'a clairement exprimé en se taisant.

Qu'a-t-il vu ? Dieu - la Présence (parousia).



Vous en voulez d'autres ?

L’argument cosmologique : 1. On (qui est "on" ? l'homme, faillible...) observe que le monde est caractérisé par un ordre précis (ordre, par rapport aux désordres humains). 2. L’expérience commune montre que le hasard est un mauvais maître d’oeuvre (mais le hasard n'existe pas, voyons...) ; seule l’intelligence est capable d’organiser, d’ordonner (où est la preuve ? c'est une évidence ? pas très rationnel comme raisonnement...). 3. Il y a donc un être intelligent, par lequel tout est ordonné, un ordonnateur. Cet être, c’est Dieu (que de suppositions, alignées comme des noix sur un bâton...).

L’argument anthropologique : 1. On observe que l’être humain a des caractéristiques telles que l’amour, la rationalité, la motivation par un but, qui le mettent à part des éléments purement matériels (la preuve ?). 2. Si l’univers était entièrement impersonnel, il ne pourrait pas nous avoir créés, car il ne nous correspondrait pas. Ce serait comme si la nature accouchait d’un poisson alors qu’elle ne contient pas d’eau (l'eau est surnaturelle ?). 3. Il y a donc un être personnel à l’origine des autres êtres personnels. Cet être, c’est Dieu (le dieu bouche-trou bien pratique...).

L’argument moral : 1. On observe que l’être humain a un sens moral, une conscience du bien et du mal (haha, l'arbre de la connaissance du bien et du mal pour prouver l'arbre de vie... c'est du n'importe quoi...). 2. La reconnaissance de normes et de concepts moraux ne peut pas être attribuée à un processus évolutif quelconque (ah bon ? et pourquoi pas ?) 3. Il y a donc un être à l’origine du sens moral. Cet être, c’est Dieu.


Tous ces raisonnement le montrent : l'homme se crée une religion (ici, sous des apparences rationnelles) pour fuir Dieu. A quoi bon ces raisonnements : Dieu n'a pas besoin d'être prouvé. On a la relation, ou on ne l'a pas. Si on éprouve le besoin de preuves, c'est qu'on ne l'a pas. cqfd



(*) Les arguments thomistes :
L’argument du mouvement : 1. Tout dans notre monde est en mouvement. 2. On ne peut pas remonter à l’infini, il doit exister un être immobile capable de communiquer le mouvement aux autres, un moteur immobile initial. 3. Donc Dieu doit exister en tant que moteur immobile initial.
L’argument de la causalité : 1. Tout est soumis à la causalité : tout ce qui arrive a une cause efficiente, il existe un enchaînement de causes à effets dans la nature. 2. On ne peut pas remonter à l’infini, il doit exister une cause première. 3. Donc Dieu doit exister en tant que cause première.
L’argument de la contingence : 1. Les êtres de notre univers sont contingents, c’est-à-dire qu’il n’y a aucune nécessité à leur existence. Ils existent pourtant : c’est qu’un autre être, lui-même contingent, les a amenés à l’existence. L’ensemble des êtres contingents est lui-même contingent. 2. On ne peut pas remonter à l’infini : il doit exister dans l’univers un être dont l’existence est nécessaire, sinon, rien n’existerait. 3. Donc Dieu doit exister en tant que seul être dont l’existence est nécessaire et qui existe par lui-même.
L’argument de la perfection (repris de Platon) : 1. Il y a des perfections dans les êtres et les choses, mais à des degrés différents. 2. Il faut nécessairement qu’il y ait un être qui possède ces perfections à un degré maximum, puisque dans la nature toutes les perfections sont limitées. 3. Donc Dieu doit exister en tant qu’être absolument parfait, le plus haut degré de perfection.
L’argument téléologique : 1. On observe que les choses privées de connaissance comme les corps naturels agissent en vue d’une fin ; toujours, ou le plus souvent, ils agissent de la même manière de façon à réaliser le meilleur. 2. Ce n’est pas par hasard, mais en vertu d’une tendance déterminée qu’ils parviennent à leur fin : ce qui est privé de connaissance ne peut tendre à une fin que dirigé par un être connaissant et intelligent, comme la flèche par celui qui la lance. 3. Il y a donc un être intelligent, par lequel toutes les choses naturelles sont orientées vers leur fin. Cet être, c’est Dieu.

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