Le vrai problème des évangéliques avec l’évolution



Pourquoi tant d’évangéliques sont-ils sur la défensive à propos de l’évolution?

Cet article a été écrit dans un contexte différent de celui du monde évangélique français et européen. Beaucoup d’évangéliques français n’ont aucun mal à réconcilier l’évolution et une lecture orthodoxe de la Bible. Cet article s’adresse plus particulièrement au fondamentalisme « évangélique », qui est majoritaire aux EU, mais aussi bien présent dans le monde francophone. C’est ce que qu’il faut comprendre dans le contexte nord américain à chaque fois que le mot « évangélique » est cité, par exemple quand Peter Enns dit « L’évolution menace la foi évangélique. Et ce n’est pas une blague. La menace est réelle. »

Ils ont peur que leur héritage évangélique soit remis en question si l’évolution est vraie. Cela signifie que leur propre histoire est menacée.

Nos histoires personnelles nous permettent de nous situer dans le monde. Ces histoires nous procurent un sens de confort sinon de certitude. De façon générale, les êtres humains détestent être remis en cause dans leurs croyances, tout spécialement s’il s’agit de remettre en question des choses telles que la nature de l’univers et notre place dans ce monde, Dieu, la vie après la mort, et ainsi de suite - des thèmes traités par la foi évangélique.

L’évolution menace la foi évangélique. Et ce n’est pas une blague. La menace est réelle. Toute la rancœur, la prise de position, et la nervosité à propos de l’évolution cache une peur plus profonde : « Si la Bible a tort dans ce domaine, alors personne ne peut nous dire jusqu'où cela ira. Bientôt je serai à la dérive, incapable de savoir si je peux faire confiance en ce que la Bible dit - incapable d’être sûr de savoir comment je dois vivre ma vie et ce qui arrivera quand je serai mort. »

Ceci a réellement rapport avec la Bible: Que cela signifie-t-il de la lire correctement? Le mouvement évangélique a investi beaucoup d’énergie dans la construction de murs bien épais autour de la Bible, prêt à la défendre contre les attaques, réelles ou perçues comme telles, qui menacent sa sécurité. (Si vous voulez savoir pourquoi tout ceci fait partie de l’héritage évangélique, lisez  l’article  de l’historien Mark Noll. Je n’ai jamais rien lu qui l’explique aussi efficacement).

Pourtant, le problème est que l’évolution remet bel et bien en cause certaines positions évangéliques à propos de l’interprétation de la Bible. C’est la raison pour laquelle pour certains, le fait de l’envisager, sans même penser l’accepter, signifie tout simplement tourner le dos à leur héritage évangélique. Le prix est souvent trop élevé.

On perd le confort de savoir que sa façon de lire la Bible est la bonne, ce qui permet de rejeter tout doute ou sentiment de mystère et d’embrasser un (faux) sentiment de certitude absolue.

Réécrire ses certitudes théologiques est quelque chose de menaçant, mais il faut le faire, parce que notre ouverture aux changements théologiques lorsqu'ils sont valables fait partie intégrante de notre périple dans la foi, plutôt qu’une menace pour notre foi.

Il faut créer une nouvelle culture académique et ecclésiale dans lesquelles on pourra au moins discuter des problèmes difficiles concernant la Bible, sans suspicion ou représailles politiques.

Aller de l’avant paraîtra peut-être comme un mépris du passé. Mais maintenir le passé à tout prix n’est pas un meilleur choix. C’est un chemin de peur. Nous devons porter notre attention vers notre responsabilité envers nos enfants et nos petits enfants. Cela exigera un vrai courage.

La question de l’évolution est devant nous, et elle ne va pas s’en aller, et elle a des implications sur la façon dont les évangéliques lisent leur Bible et font de la théologie. La vraie question est de savoir comment nous allons choisir d’y faire face.

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