Le culte évangélique nombriliste

C‘est l’heure du culte : dans le brouhaha d’arrivée des participants, un président appelle au silence - à croire que l’assemblée oublie qu’elle est venue non pas d’abord rencontrer des frères et sœurs, mais le Seigneur! Après une salutation parfois étonnamment commentée, liberté est donnée «aux jeunes» de «conduire la louange», d’une durée très variable. «La louange» égrène une série de chants dont la musique, sauf heureuses exceptions, est plus apparentée à la culture américaine - reconnue sans racines - qu’à notre terroir originel. Le Seigneur célébré est toujours «vainqueur et triomphant», maintes fois salué par des paroles devenues des slogans évangéliques à force d’être redits dans un vocabulaire limité. Après des informations, place est donnée à la prière libre, hélas trop souvent inaudible et couverte par une musique improvisée et banale, qui occupe notre esprit. Sont absents la sobriété et le silence. Alors est annoncée la Sainte Cène, diversement introduite et suivie de l’offrande. L’heure étant souvent largement dépassée, la prédication devra s’accommoder du temps qu'on lui laisse. Ils donnent l'impression de vivre à la recherche d'eux-mêmes.


Où est le berger ?
La description caricaturale de ce culte ne saurait être interprétée comme une critique d’un aîné à l’égard de la jeune génération. Mais je m’étonne de l’entière liberté laissée à une minorité de conduire l’Eglise, devenue soudain un troupeau sans berger pour la conduire, l’instruire, limiter la place de chacun, reconnaître les ministères - bref, exercer une autorité.

Une culture biblique discutable
Les célébrants des cultes évangéliques sont animés d’une évidente ferveur - quoique sous-tendue par une fréquente ignorance biblique. Mais ils semblent avoir rompu avec l’Histoire de l’Eglise passée et avec la génération aînée encore présente, dont le culte était accompagné de silence, d’une piété qui se voulait distante du bruit quotidien, qui donnait la place première à l’écoute du Seigneur. De plus, ils laissent l’impression de vivre à la recherche d’eux-mêmes, à l’abri d’un salut facile, proclamé et assuré. Du reste, ils semblent préoccupés d’abord de ce qui les concerne, soucieux de leurs prestations, heureux d’être accueillis et écoutés, bien avant et mieux que le Seigneur lui-même.

Un subtil dévoiement
Cette vie cultuelle nouvelle s’est rapidement implantée chez les évangéliques de toute dénomination, jusqu’à marginaliser la repentance et la foi que communique la Parole, également la souffrance de milliers de chrétiens martyrs dans un monde hostile à l’Évangile. Il me vient à l’esprit le solennel avertissement de 1 Jean 4:1-10. Suis-­je insensé de soupçonner une subtile machination de l’Ennemi ? Déguisé en ange de lumière, en un Christ céleste et cosmique, le voile étant parfois jeté sur l’incarnation encore actuelle du Christ véritable, préparerait-il subtilement et obstinément, et à notre insu, le chemin de l’Antichrist ?

Maurice Ray